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 imprimée sur papier Hahnemühle - Fine Art 310 g/m²- jet d'encre

Tout créateur, en particulier dans les arts plastiques, tente de trouver un juste et singulier équilibre entre maîtrise et surprise; de faire sa part au hasard, de provoquer cet imprévisible déplacement, dépassement, qui fait que la ligne première , la forme d’abord projetée joue sa partie, fasse écart, accord dans l’écart.

Nina Aragon a choisi une formule très contemporaine. Elle fait faire à ses œuvres ainsi qu’à d’anciennes photographies, un détour en se servant d’un outil de dessin informatique, elle en attend et en obtient une manière de conversion. Elles en reviennent dans une autre lumière, sous un autre jour, sinon tout à fait étrangères à leur origine, du moins marquées d’une étrangeté familière.

Par une claire intuition elle les qualifie d’images et se désigne comme créatrice d’images, créatrice en effet mais de formes et de couleurs qui échappent à leur statut premier . Souvenons-nous de la définition canonique de l’image:«reproduction inversée qu’une surface polie donne d’un objet qui s’y réfléchit». J’ai pour ma part, devant ces personnages, l’impression que je les perçois comme se reflétant dans un miroir sans tain, ou dans une eau tremblante et que leur image, oui, leur image vient à la surface, dans une hésitation entre apparition et disparition, entre présence et absence. Cet effet n’est jamais aussi sensible que lorsque Nina Aragon prend pour premier support d’anciens clichés photographiques. Ces personnages, ces visages, ces yeux qui nous fixent depuis l’autre côté du temps, le retraitement par l’artiste, une re-création, les nimbe d’une irréalité troublante. Paradoxe d’un éloignement accru qui les rend, à tous les sens du terme, touchants.

L’impression sur un support en aluminium est parfaitement cohérente avec la nature de ces images, qu’elle exprime et exalte.

Et l’on va vers un éloignement progressif du référent réel, peut être à mesure que le recours à l’outil informatique est plus grand. 

 

Serge Gaubert